VII GACELA
DU SOUVENIR D AMOUR
N’emporte pas ton souvenir.
Laisse-le tout seul en mon cœur,
Frisson de cerisier
Dans le martyre de janvier.
Un mur de songes mauvais
Me sépare des trépassés.
Je donne une peine de lys
Frais pour un cœur de plâtre
Toute la nuit, dans le jardin,
Mes yeux, comme deux grands chiens.
Tout au long de la nuit, traquant
Le coing et son venin.
Le vent, qui semble quelquefois
Une tulipe de frayeur,
Est une tulipe souffrante,
Par une matinée d’hiver.
Un mur de songes mauvais
Me sépare des trépassés.
La brume couvre, silencieuse,
La vallée grise de ton corps,
Sous l’arche de notre rencontre
La ciguë maintenant grandit.
Mais laisse-moi ton souvenir,
Laisse-le tout seul en mon cœur.
Federico Garcia Lorca.
Poésies III (1926-1936)